Utiliser l'IA pour son mémoire DEC : ce qui aide, ce qui disqualifie
Par Juliette — mémorialiste EC, fondatrice de MonDEC · 30 août 2026 · 7 min
Oui, tu as le droit d'utiliser l'IA pour préparer ton mémoire DEC. Non, pas n'importe comment : depuis juillet 2026, une charte d'usage encadre précisément ce qui est permis, et chaque usage doit être déclaré dans une annexe dédiée de ton mémoire. L'omission de déclaration est sanctionnable — jusqu'à la note éliminatoire. Voilà le panorama complet de ce qui aide, de ce qui se déclare et de ce qui disqualifie, sourcé sur la note du jury du 6 juillet 2026.
Ce que dit le cadre depuis juillet 2026
Depuis le 6 juillet 2026, le SIEC publie une charte d'usage de l'IA pour les diplômes comptables supérieurs. Elle concerne l'épreuve n° 3 du DEC (ton mémoire), et aussi l'épreuve 7 du DSCG et l'épreuve 13 du DCG — mais pour ces deux-là, seulement à partir de la session 2027. Pour le DEC, c'est maintenant.
Concrètement, la charte s'applique :
- aux demandes d'agrément transmises au SIEC à partir de juillet 2026, avec une tolérance d'application jusqu'en octobre 2026 ;
- aux mémoires déposés sur Dexco pour la session d'automne (novembre) 2026, avec une tolérance jusqu'à la session de printemps (mai) 2027.
La position du jury tient en une phrase : l'IA n'est pas interdite pour l'assistance linguistique, la mise en forme, l'idéation, la structuration, la recherche documentaire ou l'analyse technique — mais elle « ne saurait en aucun cas se substituer à la rédaction de tout ou partie du mémoire » (note du jury, p. 4). Le mémoire reste une recherche personnelle, avec une problématique en lien direct avec ton expérience professionnelle.
Et il y a un changement plus profond que la règle elle-même : les examinateurs évaluent désormais la pertinence de ton utilisation de l'IA. À la soutenance, ils apprécient l'enrichissement de l'IA par ton analyse personnelle, ta capacité à critiquer ses résultats et ton niveau d'appréhension de ses limites. Autrement dit : bien utiliser l'IA n'est plus seulement toléré, c'est observé — dans les deux sens.
Les quatre types d'usage autorisés
La charte classe tous les usages autorisés en quatre types. C'est cette typologie que tu utiliseras pour déclarer tes usages (on y revient plus bas).
| Type | Ce qu'il couvre | Exemple pour ton mémoire |
|---|---|---|
| A — Assistance linguistique et mise en forme | Correction orthographique, amélioration syntaxique, reformulation de passages que TU as rédigés, traduction, aide à la mise en page | Faire reformuler un paragraphe technique pour plus de clarté |
| B — Idéation et structuration | Génération de pistes de réflexion, aide à l'élaboration du plan, brainstorming (« ping-pong » intellectuel) | Confronter ton projet de plan détaillé à une IA qui joue l'avocat du diable |
| C — Recherche et synthèse documentaire | Synthèse de documents longs, assistance à la recherche d'informations — sous réserve de vérifier les sources | Résumer un règlement ou une norme avant de la travailler toi-même |
| D — Analyse technique et simulation | Interprétation de données, simulation de calculs, programmation — sur données anonymisées ou fictives uniquement | Tester un modèle de calcul sur un jeu de données fictif |
Deux nuances qui comptent. D'abord, le type A parle de reformuler des passages « rédigés par le candidat » : l'IA améliore ta rédaction, elle ne rédige pas à ta place. Ensuite, le type D est borné aux données anonymisées ou fictives — jamais de données clients réelles. Ton secret professionnel ne se négocie pas avec un chatbot.
La demande d'agrément est concernée aussi
C'est le point que beaucoup de mémorialistes ratent : la charte ne s'applique pas qu'au mémoire final. L'annexe n° 1 complétée et signée fait partie des pièces de ta demande d'agrément (note du jury, p. 13), au même titre que ta notice, tes plans et ta bibliographie.
Et la notice est le terrain le plus sensible : sa problématique — « question unique, impérative » — et sa différenciation avec les mémoires les plus proches consultables sur Bibliodec sont personnelles par construction. Ce sont les sections où l'examinateur cherche TA réflexion, pas une synthèse bien tournée. Utiliser l'IA pour les générer, c'est produire exactement ce que la grille d'évaluation est conçue pour détecter.
Là où l'IA te coûte des points
Le jury n'évalue pas ton mémoire sur l'élégance de sa prose. Il évalue une démarche : une problématique issue de ton expérience, des apports concrets à la profession, des illustrations pratiques tirées de ton stage, des outils que tu proposes. Tout ce qui fait la valeur du mémoire est, par définition, ce que l'IA ne peut pas produire à ta place :
- La problématique. Une question unique, ancrée dans les problèmes réels que tu as rencontrés chez tes clients. Une IA peut en formuler dix — aucune ne sera la tienne, et ça se voit à la soutenance.
- La différenciation avec les mémoires existants. Elle exige d'avoir réellement consulté Bibliodec et de savoir précisément ce que TON projet apporte de plus.
- Les apports à la profession et les outils proposés. C'est ton expérience de terrain mise en forme. Générée, elle sonne creux — et l'examinateur lit des dizaines de mémoires par session.
- Les illustrations pratiques chiffrées. Elles viennent de ton stage. L'IA ne peut que les inventer, et la charte est explicite : fabriquer ou falsifier des données de recherche est un usage frauduleux.
La sanction du contenu généré n'est pas toujours disciplinaire, d'ailleurs. Le plus souvent, elle est silencieuse : un mémoire générique, interchangeable, qui ne passe pas l'agrément ou plafonne à la soutenance.
Là où l'IA te fait vraiment gagner du temps
À l'inverse, il y a des usages où l'IA excelle, parfaitement dans les clous de la charte — et qui libèrent du temps pour le fond :
- La synthèse documentaire (type C) : digérer un texte réglementaire long avant de le travailler, à condition de vérifier chaque source.
- Le sparring sur le plan (type B) : confronter ton plan détaillé, chercher les trous, tester l'équilibre des parties. Le plan reste le tien — c'est le jury qui l'agrée, et tu devras le défendre.
- La relecture de forme (type A) : orthographe, syntaxe, cohérence des renvois, homogénéité de la bibliographie. Sur un document de 100 pages — la fourchette tolérée est de 95 à 110 pages hors annexes (note du jury, p. 8) —, c'est des heures récupérées pour ce qui rapporte des points.
- La préparation de la soutenance (type B) : générer des questions difficiles sur ton propre mémoire et t'entraîner à y répondre.
Le fil conducteur : l'IA travaille sur la forme et la mécanique, toi tu gardes le fond et la démarche. C'est exactement la complémentarité que le jury dit vouloir évaluer — et ça vaut aussi avec ton coach : l'IA ne remplace ni ta réflexion ni son accompagnement, elle nettoie le terrain pour les deux.
Déclarer tes usages : l'annexe n° 1
La transparence est le cœur de la charte : « chaque candidat présentera, de manière précise et exhaustive, les usages de l'IA dans un tableau qui sera la première annexe de chaque livrable » (charte, article 1.2). Concrètement, l'annexe n° 1 est un tableau à trois colonnes :
| Type d'usage (A, B, C ou D) | Bref descriptif de l'usage spécifique | Pages concernées |
|---|---|---|
| Type A | Ex. : reformulation du paragraphe sur la norme IFRS pour plus de clarté | Ex. : p. 12-14 |
Suivi d'un engagement signé : tu certifies que le tableau est exact et que les sections non mentionnées sont le fruit de ton travail personnel, sans assistance d'une IA. Relis cette dernière phrase deux fois — c'est elle qui donne son poids juridique au document. Un tableau incomplet n'est pas un oubli anodin : c'est une certification inexacte, signée de ta main.
Le document type est téléchargeable sur le site du SIEC, et il est reproduit en annexe 1 de la note du jury (p. 21-23).
Ce que tu risques
La charte est brève sur les sanctions, mais sans ambiguïté (article 2.2) : tout usage frauduleux de l'IA — plagiat, falsification de données, ou absence de mention et d'explication claire de son utilisation — est passible de sanctions : note éliminatoire, convocation devant une commission disciplinaire.
Note bien le troisième cas. Tu peux n'avoir rien « triché » au sens commun et être sanctionnable quand même, simplement pour ne pas avoir déclaré un usage. La déclaration n'est pas un aveu de faiblesse : c'est une exigence de transparence, et un tableau d'usages bien tenu montre au contraire un candidat qui maîtrise ses outils.
La règle des trois questions
Avant chaque usage de l'IA sur ton mémoire, trois questions suffisent à rester dans les clous :
- Est-ce sourçable ? Peux-tu vérifier et citer chaque information que l'IA t'a fournie ? Si non, elle ne rentre pas dans le mémoire.
- Est-ce défendable à l'oral ? Sauras-tu expliquer, critiquer et prolonger ce passage devant le jury, sans notes ? La soutenance est le vrai détecteur d'IA.
- Est-ce déclaré ? L'usage figure-t-il dans ton annexe n° 1, avec son type et ses pages ?
Trois oui : avance. Un seul non : reprends la main.
Le cadre est posé, et il est plus praticable qu'il n'en a l'air : l'IA assiste, tu rédiges, tu déclares. Les articles de ce dossier détaillent chaque volet — le texte de la charte article par article, la notice d'agrément, les zones interdites et la relecture — pour que chaque usage que tu fais soit un usage que tu peux signer.
Questions fréquentes
L'IA est-elle interdite pour le mémoire DEC ?
Non. La charte du SIEC l'autorise comme outil d'assistance (quatre types d'usage : mise en forme, idéation, recherche documentaire, analyse sur données anonymisées ou fictives), mais elle ne doit jamais se substituer à la rédaction du mémoire, et chaque usage doit être déclaré dans l'annexe n° 1.
Dois-je déclarer une simple correction orthographique faite par l'IA ?
Oui. C'est un usage de type A (assistance linguistique), et la charte exige une déclaration « précise et exhaustive » de tous les usages. L'engagement signé certifie que les sections non mentionnées sont ton travail personnel sans assistance d'une IA.
La charte s'applique-t-elle à ma demande d'agrément ?
Oui, depuis les demandes transmises au SIEC en juillet 2026 (avec une tolérance jusqu'en octobre 2026). L'annexe n° 1 complétée et signée fait partie des pièces de la demande d'agrément, au même titre que la notice et les plans.
Que risque un candidat qui n'a pas déclaré ses usages de l'IA ?
L'absence de mention et d'explication claire de l'utilisation de l'IA est explicitement passible de sanctions : note éliminatoire, voire convocation devant une commission disciplinaire — même sans plagiat ni falsification.
Le jury évalue-t-il mon usage de l'IA à la soutenance ?
Oui. Les examinateurs évaluent la pertinence de ton utilisation de l'IA : l'enrichissement de ses résultats par ton analyse personnelle, ta capacité à les critiquer et ton niveau d'appréhension de ses limites.
Puis-je faire analyser des données clients par une IA ?
Non. Le type D (analyse technique et simulation) n'est autorisé que sur des données anonymisées ou fictives. Les données clients réelles relèvent du secret professionnel et ne doivent jamais être transmises à un outil d'IA.